[HRP] Salut à tous!
J'ai conscience que mon RP est long mais s'il vous plaît jetez un coup d'oeil, ne serait-ce qu'à la première partie. Ceux qui ont eu le courage de lire n'ont apparemment pas été déçu

Bonne lecture![HRP]
Jour de pluie
I
Talar bourrait sa pipe. Son fusil à l’épaule il tentait en vain d’allumer son tabac, immobile dans l’épaisse forêt.
La solitude ne l’effrayait pas, loin de là ! Il se considérait presque comme le maître de ces lieux ! Déjà petit son père l’emmenait à la chasse. Ainsi apprenait-il tous les dimanches à différencier le chant d’un colibri de celui d’un épervier, le bruit d’un sanglier de celui d’une biche ou encore les traces d’un renard de celui d’un loup.
Un loup ! Brrr… La pensée même le faisait frissonner ! Il avait entendu bien trop d’histoire pour vouloir observer leur museau de près ! Des créatures maléfiques lui avait-on dit… Capables de vous déchiqueter en quelques secondes ! De quoi vous rayer définitivement du royaume des vivants…
Cependant la nuit tombait en Aelide, il n’était peut être pas très prudent de s’aventurer très loin ! La nuit les créatures reprenaient la forêt aux humains et Talar se dit qu’être le témoin de cette offensive bestiale n’était pas la meilleure solution pour épater ses amis !
D’un autre côté la honte de revenir bredouille le submergea. Ivar et Arhi, qui l’attendaient à la taverne, se moqueraient bien trop de lui ! Oh oui ils se moqueraient ! Et ce n’est pas comme cela qu’il arriverait à séduire Maïa, la jolie serveuse !
Il continuerait.
D’un pas assuré, Talar progressait vers son endroit préféré. Il y était souvent allé avec son frère. Il se rappelait les heures passées à regarder les nuages, à jouer aux chevaliers ou encore à chahuter avec lui. Il s’agissait d’une immense clairière, les coquelicots y poussaient par centaine et Talar en avait souvent fais des bouquets pour sa mère. Il se rappelait le sourire qu’elle avait lorsqu’il lui offrait, et cela le rendait joyeux. Il aimait particulièrement faire plaisir à son entourage et ne loupait aucune occasion pour s’adonner à cette activité. Il adorait venir dans son « petit paradis », surtout quand l’astre solaire s’enfuyait vers l’horizon. Celui-ci était alors inondé de la lumière argentée de la lune et les étoiles y brillaient de tout leur éclat. On eut dit que des milliers de diamants reposaient sur le manteau de la nuit. Il repensait avec nostalgie a cette époque.
A mi-chemin il s’arrêta.
On le suivait.
Depuis maintenant trois lieues, il sentait une étrange présence. Talar passait toutes ses journées dans la forêt et il savait quand une créature était à proximité. En temps normal il se serait camouflé dans un arbuste et aurait identifié la bête, mais la nuit était tombée et il n’arrivait étrangement pas à reconnaître l’animal…ou la chose. Il décida de continuer son chemin, n’étant pas rassuré à l’idée de s’arrêter dans cette forêt la nuit !
C’était comme si des créatures formaient des cercles de part et d’autre de lui. Car c’était bel et bien des créatures… Il n’avait encore jamais vécu ça !! Que pouvaient-donc bien être ces choses ? Que lui voulaient-elles ? Il prit alors conscience que sa témérité était peut-être exagérée, il avait voulu épater ses amis mais dans quel but s’il revenait mort ?! Il s’affola et serra fort son fusil. Paniqué, il accéléra le pas.
Plus il marchait, plus il s’apeurait. On l’observait toujours et il le sentait. Il se mit alors à courir le plus vite possible, évitant les troncs avec une agilité remarquable. Cela ne suffit pourtant pas ! Plus il courrait, plus les créatures le suivaient !
Alors qu’il chargeait son fusil, la clairière apparut devant lui. Il gagna son centre puis, terrorisé, tira quelques salves dans l’obscurité de l’orée du bois. Celles-ci ricochèrent vainement contre les troncs de chênes et de hêtres, étouffant un écho rassurant.
Cerné, il ne lui restait plus qu’à identifier son prédateur. Ses yeux s’étaient habitués à l’obscurité mais la lumière de la Lune venait d’atténuer sa vue. Les animaux étaient certainement nyctalopes et l’observaient tandis qu’il paniquait seul. La peur est l’arme de nombre de prédateur !
De la pénombre sortit une créature. Talar avait du mal à distinguer les détails, il voyait simplement une forme grossière, blanche à première vue. Etrange qu’il ne l’ait pas remarquée dans la forêt… Petit à petit, les détails se dessinaient, deux yeux verts flottaient déjà dans l’ombre de la nuit. Il y a des chances pour que ce soit de simple renard pensa le chasseur, mais il savait lui-même que ce n’en était pas, c’était tout au plus pour se rassurer ! Il ne craignait qu’un seul chose, des… Non !!
DES LOUPS !!! Talar pris aussitôt son fusil mais un autre canidé plongeât de derrière lui pour projeter l’arme à quelques mètres à sa gauche. L’homme convoita son seul moyen de défense du coin de l’œil, mais l’animal lui fit comprendre que ce n’était pas une bonne idée.
Il était perdu ! Il n’osait pas même envisager son sort, sûrement le plus cruel qu’il y ait au monde ! Il pensa alors à ses parents, à ses amis, à Maïa et son sourire qui lui faisait tout oublier, à sa chevelure noire de geai, à ses yeux verts dans lesquels il imaginait si souvent son futur. Ah… s’il avait pu lui déclarer sa flamme… Jusqu’à maintenant il avait pensé que le temps ne lui manquerait pas. Il s’était apparemment trompé. C’était donc comme ça qu’il quitterait le monde… Déchiqueté par les puissants crocs de ces serviteurs du diable… Talar ferma les yeux en attendant son sort. Si la Destinée en avait décidé ainsi, il ne pouvait plus en être autrement…
C’est alors qu’une étrange lumière lui fit rouvrir les yeux. Il fut d’abord aveuglé puis comprit ce qu’il se passait. Un majestueux loup sortait de la pénombre, il dégageait cette intense lueur qui intriguait tant le chasseur. Derrière lui se trouvait une chose mais il n’arrivait pas à la distinguer. Il prit son courage à deux mains et s’approcha de quelques pas, il vit alors… Non ! Ce qu’il apercevait ne pouvait pas être réel ! Un enfant ! Un enfant humain ! Que faisait-il là ? Les loups lui avaient sûrement réservé le même sort que lui… Il ne pouvait pas laisser faire ça !
Cependant son corps n’était pas de cet avis ! Il ne pouvait bouger, tétanisé par la peur.
C’est alors qu’il se passa quelque chose d’encore plus étrange. Le jeune garçon s’avança vers le loup et le serra contre lui de toutes ses forces. La scène ressemblait à des adieux. Talar en profita pour dévisager l’immense loup. Son pelage blanc avait quelque chose de réconfortant et une expression de bienfaisance se reflétait sur son visage. Sa peur avait presque disparue. Enfin, l’imposant animal sembla donner quelque chose à son protégé.
Après un ultime geste de la main, le petit homme s’avança vers le chasseur.
* * *
II
Il neigeait.
Chaque flocon tombant du ciel s’ajoutait à la vaste mer blanche et gelée qui ravissait mes yeux. Leur vert foncé contemplait avec difficulté l’horizon pur du vaste monde – chaque rayon de lumière blanche les agressant violemment comme pour leur interdire ce spectacle étrangement magique. Le manteau blanc de l’hiver étouffait la nature luxuriante de son souffle glacé, et les quelques rescapés luttaient pour résister à ses crocs affamés. L’haleine fraîche du soir frappait mon visage asséché par le soleil qui, peu à peu, embrassait la cime des arbres. Ses couleurs chaudes se diffusaient sur le paysage froid, contrastant avec l’ambiance morbide qui régnait sur ces landes. La tristesse qui en ressortait nourrissait ma mélancolie.
Une colombe s’envola, quand un cri déchira le paisible silence.
« Kensei, Kensei !! Tu es là ! Je te cherche partout depuis deux heures ! Tu aurais pu me prévenir que tu te rendais ici quand même!
- Qu’y a-t-il ?
- Je voulais te parler avant ton Shakra, je…
- …j’en suis capable !! Je me suis entraîné pendant tant d’années…
- Je le sais. C’est d’ailleurs pour cela que je viens te parler. Comme tu le sais, Papa est mourrant et…
- …je ne veux pas régner !! J’en ai discuté des milliers de fois avec vous ! Je ne veux pas du pouvoir ! Et puis que ferais-je d’un royaume comme le vôtre ?
- C’est également le tiens !! N’oublis pas que tu es son fils ; le fils du Seigneur des Neiges !! Ce lâche de Xares veut le pouvoir et si tu n’honore pas ta destinée, nous serons perdus !
- Oh ne me rabâche pas tes sempiternels sermons ! Vous savez très bien que ce royaume n’est qu’un attribut de l’Empereur ! La politique est décidée par l’Empereur, la diplomatie est gérée par l’Empereur, les guerres sont déclenchées par l’Empereur ! Mon seul pouvoir sera de dire quand nettoyer les écuries et tailler les haies du jardin ! Alors si ce Xares veut le pouvoir, il l’aura ! Et puis je ne suis pas son fils. J’ai été adopté et on ne m’a jamais demandé mon avis ! J’ai toujours subit, et pour une fois que je peux choisir, je le ferais !
- Ne parle pas de lui ainsi ! Il t’a recueillit ! Talar le chasseur t’as amené à Papa alors qu’il t’avait arraché des griffes des loups au péril de sa vie ! Puis il t’a élevé, il t’a enseigné la littérature, ouvert à l’art et fait de toi le meilleur guerrier de tout le royaume !
- Talar ne m’a pas sauvé, cela ne s’est jamais passé comme ça !! On le sait tous !
- Non !! TU le crois ! Tu n’avais que quatre ans, comment peux-tu te rappeler ? Et comment oses-tu mettre en doute la parole de ce valeureux Talar ?
- Il visait uniquement la récompense que ton père offre à ceux qui affrontent les loups ! Il ne voulait qu’impressionner Maïa ! Ta naïveté me déçoit…
- De toute façon rien ne sert de parler avec toi, tu voudras toujours avoir raison ! J’en ai assez Kensei !! J’en ai assez de ta mauvaise foi, j’en ai assez de ton mauvais caractère et j’en ai assez de ton pseudo malheur ! La vérité est que tu te complais dans cette pitoyable nostalgie ! Tu crois que tu appartiens au peuple des loups ? Mais quand verras-tu que nous t’avons sauvé, quand admettras-tu que ce ne sont que des créatures barbares, qu’elles n’ont rien à voir avec nous !!
- Ecoute Kira, je ne suis pas son fils, je ne suis pas ton frère et je ne suis pas le prince de ce royaume fantôme ! Maintenant, comme le veut cette stupide tradition, l’Oracle m’attend avant mon Shakra. Tout à l’heure je devrais me battre pour devenir adulte, je le ferais et je partirais ! C’est comme ça et pas autrement ! Adieu. »
« Bonjour Kensei. Entre.
- Alors c’est vous ? demanda Kensei d’un air déçu.
- Effectivement. Tu t’attendais peut-être à des boules de cristal ou des idioties dans le genre ? répondit la vieille femme. C’était le cas mais Kensei ne répondit pas, bien trop occupé à observer la tente.
- Et puis comment connaissez-vous mon nom ?
- Vous êtes le fils du Seigneur ne l’oubliez pas, répondit-elle d’un air outré. Et le fait que bien des légendes soient apparus autour de vous contribue à votre renommé…
- Des légendes ? ajouta-il d’un air surpris.
- Ne me dîtes pas que vous n’y avez jamais pensé, un enfant élevé chez les loups éveille indubitablement la curiosité ! Kensei réfléchit puis ajouta :
- Que dois-je faire maintenant ? Dois-je vous donner mes mains ou dire quoi que ce soit pour que vous me lisiez mon avenir ? Ses yeux s’arrêtèrent sur le garde derrière la femme.
- Rien de tout ça jeune homme. Laissez-moi juste me concentrer pendant quelques minutes et alors je saurais ce qu’il faut savoir.
- Vous savez, je n’y crois pas trop, avoua Kensei, les yeux toujours posés sur l’étrange garde.
- Je m’en doutes. De nos jours, vous ne croyez plus en la magie !
- Avouez que c’est quand même gros ! Vous restez avec moi pendant quelques minutes et vous connaissez mon destin ! Tout en dévisageant le garde, il continua, Je ne crois pas au destin. L’idée même que mes choix ne soient qu’artificiellement libres m’est impossible à accepter. Je pense que je peux faire ce que je veux, si je le veux ! La destinée n’est qu’une invention des faibles et des faignants pour excuser leurs tords !
- C’est un avis qui vous honore mais vous engage dans une obligation de réussite, dit l’oracle d’un air absent.
- Je vaux mieux que tout ces paysans…dit-il d’un air pensif. Qui est cet homme derrière vous ? ajouta-t-il d’un air curieux. Qu’est-ce que des gardes font là ?
- C’est une décision de votre père. Etant souffrant, des tentatives de coup d’état ne sont pas à écarter. Et vous seriez le premier à être tué si cela arrivait.
- Je comprends, dit Kensei qui vit soudain une chose briller dans la main de l’homme.
- Vous savez, je n’arriverais pas à grand chose si vous m’interrompez sans cesse ! dit la vielle femme d’un air accusateur, J’ai besoin de silence !
- Excusez-moi, je ne vous dérangerais plus.
Les minutes passèrent. Le jeune homme continuait de scruter le garde en essayant de découvrir ce qu’il pouvait bien cacher dans sa main. Cela le perturbait.
Dix minutes.
Vingt minutes.
Au bout d’une demi heure, Kensei comprit ce que l’homme avait dans sa main ! Un couteau !! Que pouvait-il bien vouloir faire avec ? Les gardes n’avaient normalement pas ce genre d’arme… Peut-être était-ce du au renforcement de la surveillance.
Soudain des bruits vinrent de l’extérieur. Comme une violente altercation. Le jeune Prince se dit que ce devait être deux paysans qui se battaient encore pour une histoire de poule. Ce ne serait pas la première fois. Ni la dernière d’ailleurs !
Brusquement l’oracle ouvrit les yeux et hurla :
« -Fuyez !!!!!! »
A ce moment le garde bondit et trancha la gorge de la femme. Le sang gicla de part et d’autres de la tente, le tête de la femme roula silencieusement, marquant son passe par une traînée pourpre. Il n’eu fallu qu’une seconde pour que Kensei attrape le poignard caché dans sa manche et le lance d’un geste vif en direction de l’agresseur. Il alla se planter net dans son épaule. Profitant de la plainte de sa cible, il couru de toutes ses forces vers la sortie puis se dirigea vers la forêt.
Son Daïsho à la main, ils fuyait.
Kensei courait à tout allure dans la neige. Il ne pensait à rien d’autre qu’à fuir, il savait que si le garde le rattrapais, il mourrait.
Dans la panique, il trébucha. Tout son corps s’étala dans l’épaisse neige. Il en profita pour jeter un œil derrière lui. C’est alors qu’il vit les flammes danser au dessus du village, le blason de Xares issé au dessus du Palais par ses gardes. L’oracle avait raison ! Elle savait !! L’idée même que le femme se soit sacrifiée pour lui lui fit comprendre l’importance de s’échapper. Il devait le faire ! Pour elle si ce n’était pour lui !
Après quelques minutes il atteignit la forêt des anciens, celle même où il avait été trouvé par Talar. La nuit était tombée et il comprit la peur qu’avait pu ressentir le chasseur. Lui aussi était poursuivie aujourd’hui, et l’obscurité ne représentait pas la chose la plus rassurante !
C’est alors qu’il entendit des bruits de pas. C’était le garde ! Il le poursuivait toujours ! Kensei se concentra pour évaluer la distance entre son poursuivant et lui. Quelque chose clochait…Il comprit ! Ils étaient maintenant deux ou trois à sa poursuite ! Il décida de s’enfoncer plus profondément vers le cœur de la fôret. Il courut, courut, courut, se retournant quelquefois pour jauger le danger. Après deux lieux de course effrénée, il prit conscience d’un chose, il était trop tard ! Ils le rattrapaient !
Alors qu’il cherchait un moyen de fuir, Kensei aperçu devant lui trois ombres. Il décida de ne pas en tenir compte car les gardes étaient maintenant a quelques mètre seulement. S’il tombait il serait fini, il le savait !
Il chuta. Il ne vit pas une racine et buta dessus. Affolé, il leva sa tête gelée par la neige et vit trois immenses loups foncer sur lui ! Ces créatures auraient fait fuir l’armée de l’Empire toute entière de par la crainte et la désolation qu’elles inspiraient ! Leur corps musclé avalait les distances avec une vitesse et une puissance impressionnante, tandis que leur fourrure rayonnait dans la nuit, leur donnant un aspect fantomatique. Dans un moment de lucidité, il pensa à ce qui allait arriver. Ironie du sort, il pouvait choisir la cause de sa mort ! Que valait-il mieux, mourir par les crocs de sauvages créatures ou éventré à coup de sabre ?
Il n’eut finalement pas besoin de se soumettre à ce choix. Lorsque que les créatures arrivèrent devant lui, elles sautèrent par dessus son corps tétanisé. Entendant les cris de ses poursuivant, il se releva au plus vite dans l’intention de fuir le plus loin possible. Il vit alors les gardes déchiquetés par les crocs de leurs agresseurs. Horrifié par cette image il se retourna pour continuer son chemin et échapper à ce cruel sort.
Mais quelque chose se heurta à lui, et celle-ci dissuada son corps de bouger. Un immense loup se tenait droit devant lui. Le jeune homme tenta de crier mais sa voix resta étrangement silencieuse. Aucun son ne sortit de sa bouche, il avait la sensation que c’était l’animal lui-même qui créait ce mutisme !
« Bonjour Kensei, dit l’animal, nous avons du temps à rattraper. »
* * *
III
- Alors, qu’allons nous faire aujourd’hui ? demanda Kensei avec curiosité.
- Je ne sais pas, répondit le vieux loup.
- Vous voulez dire que vous m’avez emmené dans cette forêt sans savoir exactement où nous allions ?
- Précisément.
- Je peine à y croire…
- Alors pourquoi me posez-vous la question si vous êtes persuadé de connaître la réponse ? ajouta Eilos avec malice.
- La persuasion ne mène à rien, vous-même me l’avez appris ! La certitude doit être la base de mes actions.
- Je vois que vous avez suivit mes conseils. Moi qui pensais que vous dormiez pendant mes cours…
- A vrai dire, vous n’aviez pas totalement tord, avoua Kensei, un sourire en coin.
- L’humour semble être votre domaine de prédilection, j’ai failli en perdre mes poils.
- J’ai un bon maître.
- Nous arrivons, coupa le loup pour mettre fin à la plaisanterie.
- Je ne vois rien, ajouta Kensei en scrutant les alentours.
- Ne regardez pas avec vos yeux mais avec votre esprit. Si je vous ai enseigné la magie, ce n’est pas pour ranger votre chambre.
- C’est pourtant efficace, murmura le jeune apprenti, mais rencontrant le regard glacé de son maître il continua,
- Je vais essayer.
Quelques minutes passèrent.
- Ne sentez-vous pas une présence ?
- Si ! Qu’est-ce ? Ce n’est rien de ce que je connais en tout cas !
- Un peu de patience jeune homme.
- Mais au fait, cet endroit est-il sûr ? Nous allons bientôt franchir la frontière qui sépare notre territoire de mon ancien pays, les troupes de Xarès ne doivent pas être bien loin !
- N’ayez crainte, n’oubliez pas que Xarès a ratifié un pacte promettant la paix entre nos deux peuples, ses troupes n’oseront s’aventurer chez nous, et puis nous ne feront que longer la frontière.
- Permettez-moi d’en douter ! Plusieurs témoignages de villageois affirment que des soldats ont pénétré nos terres à la dernière lune ! Je crois que c’est vous qui oubliez qu’ils ont jadis signé ce pacte un genoux à terre alors que nous les écrasions ! Cet accord n’était qu’un répit avant la vraie bataille, juste de quoi leur permettre d’agrandir leur armée ! Je ne les crains pas mais je n’aime pas trop me battre, vous le savez.
- Il le faudra bien si nous en rencontrons !
- Justement.
- Je trouve cela bizarre.
- Quoi donc ?
- Vous ! Vous n’aimez pas vous battre, cependant vous êtes le meilleur combattant que je connaisse, ou du moins le plus prometteur.
- Et bien je n’aime pas ! C’est comme ça ! Sommes-nous loin à présent ? demanda Kensei pour changer de conversation. J’en ai assez de marcher sans savoir pourquoi !
Nous arrivons, jeune insolent ! Nous sommes à… Ffffffsssss !!
La flèche traversa le corps dans un léger sifflement, stoppant net le saut du loup. Tel un ange déchu, il s’écrasa sur l’herbe dans un profond soupire.
- NoooOoOoOooOoOooOOoooooOOOOOOOOO !!!!!
Kensei se retourna et vit le tireur embusqué dans un arbre. Comment les avaient-ils suivit sans s’en rendre compte ? Ce dernier descendit et Kensei fonça droit vers lui. Une immense flamme jailli de sa main et carbonisa littéralement les cinq hommes apparus brusquement derrière l’assassin. Comment était-ce possible avec son entraînement ? Ce qui semblait être leur chef s’avança et voulu trancher la tête de Kensei. Etait-il mort ou seulement blessé ?? La rapidité du jeune apprenti lui sauva la vie, il sortit son Daisho en un bref mouvement et coupa net la main de l’ennemi. Il fallait qu’il aille le voir ! Ce dernier cria et scruta sa main gisant par terre, arrosée d’une cascade de sang. Il devait le tuer pour secourir son maître ! Kensei voulu l’achever mais l’adversaire esquiva et saisit une dague dans l’autre main tout en le fixant dans les yeux, d’un vert si éclatant qu’on l’eut cru possédé par une féroce bête. C’est son dernier soupir ! Alors que l’ennemi reprenait son souffle, le jeune guerrier planta sa lame dans sa jugulaire et la trancha avec tant de vitesse que la victime n’eue le temps de souffrir.
C’était fini.
Kensei couru vers son maître pour lui porter secours mais son corps inerte ne présageait rien de bon. Son pelage d’habitude luisant baignait dans le sang. La nuque du vieux loup saignait et arrosait son corps d’un liquide rouge et tiède reflétant la violente lumière du soleil. La colère du combat apaisée, la tristesse prit place et quelques goûtes salées vinrent salir la couleur pourpre de l’animal.
Une question harcelait le jeune guerrier. Pourquoi ?
Kensei s’avança. Il écarta délicatement les rideaux blancs du balcon puis s’avança. Une larme coula le long de sa joue rose alors qu’il levait les yeux au ciel, embrasé de mille couleurs. Les couchers de soleil lui rappelaient sa vie ; de longues et belles journées prennent place mais arrive toujours le coucher où le vent se lève et où le soleil s’en va loin vers l’horizon pour finalement disparaître. D’abord ses parents, ensuite sa sœur, et aujourd’hui son maître, son père, son ami…
Kensei se baissa sur le corps inanimé du vieux loup pour se recueillir. Il aurait aimé ne jamais le lâcher mais il devait se relever, ne serait-ce que pour le venger ! Jadis, il s’était déjà fait voler ses terres par Xarès et voilà qu’il lui volait une vie !
Il se releva et s’avança. Le peuple le regardait silencieusement et Kensei se dressa, du haut du balcon.
« Peuple des Loups, le jour est grave ! Eilos est mort ! Notre Roi est mort, notre père est mort, notre ami est mort ! Mort d’une maladie que l’on nomme lâcheté !
Rappelez-vous de ce lâche Xarès qui nous avait imploré pitié, rappelez-vous de ce lâche Xarès qui nous avait supplié pour la paix. Nous le lui avions donné. Et bien il semblerait que cela ne lui ait pas suffit, il semblerait qu’il se soit moqué de nous. Nous lui avons donné notre confiance mais il l’a bafouée !
Préparez-vous. Dans deux jours, nous partirons ! Des cavaliers m’arrivent toutes les heures pour m’alerter que des troupes de Xarès incendient les forêts du Nord pour trouver nos villages. Je ne peux tolérer ça. Il a marché sur nos terres, je marcherai sur les siennes ! La tête haute, nous nous en irons le renverser et soyez sûr, chers amis, que nous y arriverons ! Car sachez, noble peuple des loups, que le feu de la victoire brûle en moi comme dans les entrailles de son allégorie. »
La suite ici: Partie IV
This post has been edited 23 times, last edit by "Kensei" (Apr 26th 2007, 4:57pm)